LETTRE DE CATHERINE AU JUGE D'INSTRUCTION, LE 13 MAI 2005


Quand tu sais que tu es en train de faire perpète, ce n'est pas simplement un jour après l'autre, non : chaque jour, tu fais perpète en entier, avec les souvenirs anticipant en plus tes souffrances à venir.
Et cette solidification des heures, quand elles se cristallisent en une gelée vitreuse...
Et la vie qui devient une maladie.
C'est la plus terrible institution de notre époque que cette justice fatiguée de surenchérir sur le crime qu'elle prétend punir, ne crucifiant plus, ne brûlant plus et, même ne décapitant plus.
Il n'y a plus ni fer, ni roue, ni gibet ni bûcher, ni rien.
Ce qui remplace le tout, c'est le temps.
La vie amputée du temps ! C'est ça, la prison : du temps infligé dans sa nudité.
On ne tue pas, on laisse mourir.

Serge COUTEL
L'Envolée

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Monsieur le juge,

Vous n'êtes pas sans savoir que je suis gravement malade. Je vous ai fait parvenir à différentes reprises, par le biais de mes avocats, des certificats médicaux attestant de la gravité de mon état ainsi que la nécessité de transfusions bimensuelles dont dépendait mon pronostic vital l'année dernière déjà. Quant à ma fille, c'est l'enfant la plus âgée encore en vie après une contamination mère - enfant par le VIH (Virus de l'Immunodéficience Humaine) d'après les associations et les hôpitaux.

Aujourd'hui encore, en ce mois de mai 2005, c'est de la chambre d'hôpital où je subis ma enième transfusion de plaquettes que je vous écris, une nouvelle fois, afin d'attirer votre attention sur les conditions de détention ultra-délétères que subissent mes enfants Cyril et Christophe Khider depuis pas mal de temps.

Leurs conditions de détention s'aggravent actuellement. La volonté de les briser psychologiquement s'exprime par les transferts incessants et les brimades quotidiennes dont ils font l'objet.
Ma belle-fille, les enfants de mes fils, ma fille et moi faisons les frais de cette volonté de détruire par le biais de trajets usants qui nous pompent tout notre budget et le peu d'énergie qui nous reste à ma fille et à moi.

Ces trajets imposés par la froide machine judiciaire et administrative précipitent le pronostic de morbidité lié à l'extrême fatigue et au stress permanent découlant de ce tourisme carcéral. Ils méritent le nom de torture, puisque le pronostic vital est engagé.

Continuerez-vous à en être le complice muet, donc consentant ?

En fait, le but de cette lettre, outre de vous informer, c'est qu'elle soit versée au dossier afin d'être lue au procès d'assises de mes enfants, Cyril et Christophe, vu que je ne suis pas sûre de tenir la distance sur le plan physique compte tenu du rythme soutenu et stressant que vous m'imposez.
Un double sera envoyé à la CNDS en la personne de monsieur TRUCHE par le biais d'un parlementaire, plusieurs autres aux avocats ainsi qu'à différents médias dont le journal l'Envolée auquel je collabore, vu la confiance toute relative que j'ai en votre institution depuis que je la pratique régulièrement.

La pénitentiaire s'acharne sur Cyril. Elle lui fait payer avant le jugement légal la tentative d'évasion pour laquelle il est incarcéré depuis quatre ans, par des moyens divers et variés où l'humiliation et les pressions diverses sont l'axe d'un fonctionnement sadique au quotidien.

Faire craquer mon fils Cyril : la pénitentiaire a tout à y gagner pour tenter de justifier au procès le fait qu'un des surveillants ait tiré malgré les consignes très claires stipulées dans la circulaire de madame LEBRANCHU à tous les chefs d'établissements pénitentiaires. Cette circulaire précisait que dans l'éventualité du survol d'une prison par un hélicoptère dans le but d'aider à une évasion, il ne fallait absolument pas tirer sur l'appareil, à cause du réservoir de kérosène, je suppose.

Or, c'est le contraire qui s'est produit, comme l'attestent la balle reçue à deux centimètres du siège de la pilote, son témoignage, celui de mon fils Cyril et de plusieurs prisonniers, sur les quelques 250 environ, qui se trouvaient sous l'appareil à l'occasion de leur promenade quotidienne, soit autant de morts potentiels si l'hélicoptère était tombé. Un vrai carnage ! Personne n'a été entendu, pas même le moindre présumé innocent !

D'autre part, j'ai une cassette vidéo des différents journaux télévisés (dont celui de CANAL +) relatifs à cette tentative d'évasion. On peut y constater lors de la réunion des surveillants juste après la reddition de mon fils Christophe que les propos et le ton employés sont édifiants quant à l'ambiance générale durant cette prise d'otages. Lorsque les deux surveillants relâchés s'expriment à propos de Christophe, ils le font sans animosité en le nommant à chaque fois par son prénom, ce qui, vous en conviendrez, est extrêmement rare dans ce type de contexte où la violence est censée être maximale, hautement traumatisante, donc victimisante.

Ce qui m'amène à la réflexion suivante : comment se fait-il que ces « victimes » manifestent tant de considération pour leur supposé « Bourreau » qu'elles nomment par son prénom ? Pourtant, dans le cadre d'un statut victimaire comportant en filigrane les notions de réparation, de punition et de vengeance, elles devraient transparaître dans leurs propos par un ton beaucoup plus agressif comme dans nombre d'histoires similaires, beaucoup plus virulent, traduisant un lourd climat de peur et de tensions émotionnelles intenses.

J'estime que cette cassette devrait figurer au dossier de l'instruction comme premier élément à décharge, étayant les déclarations de mes fils et celles de divers témoins non entendus pour la majorité d'entre eux. Le souci d'impartialité et de recherche de la vérité est sûrement votre motivation principale.

En outre, les membres du jury populaire qui sera constitué lors de ce procès sont en droit d'avoir connaissance de toutes les pièces relatives à la compréhension du dossier. Ils pourront dès lors se faire une idée beaucoup plus précise de la personnalité et de la réelle motivation de mes enfants. Je ne puis accepter sans intervenir que la justice, aidée de la pénitentiaire, troquent l'histoire d'amour de ces deux frères, dont l'un vient sauver la vie de l'autre condamné à une peine d'élimination de 37 longues années, contre un profil de gangsters ultra organisés et sanguinaires agissant sans états d'âme.

Cyril n'a pas supporté de savoir Christophe réduit à vivre 37 ans dans 9m², 23h sur 24, sans aucune autre perspective ou proposition qu'une perfusion d'oubli.

C'est pourquoi je me bats depuis quatre ans pour que soit cité ce super flic du RAID qui est intervenu lors de la prise d'otages, négociant 17 heures durant avec mon fils Christophe, en tant que psychologue. Il serait susceptible de pouvoir en dresser un portrait beaucoup plus précis que celui d'un expert l'ayant rencontré moins d'une ½ heure en 10 ans.
A ce propos, nous avons pu constater l'extrême fragilité et le peu de fiabilité de certaines déclarations d'experts lors du très médiatique procès d'Outreau.

Puisque ces brigades d'élite sont paraît-il ce que la profession a de meilleur, pourquoi ne pas entendre ce monsieur qui m'a téléphoné à plusieurs reprises, dont deux fois à deux jours d'intervalle après la fin de la prise d'otages ?

Ce policier m'a obtenu un parloir de plus d'une heure et demie à l'issue de la reddition de mon fils alors qu'à peine transféré dans une nouvelle prison, il était censé aller tout droit au mitard pour une durée d'un minimum de 45 jours. Ce monsieur m'a rappelé le lendemain pour me demander si tout s'était bien passé pour mon garçon, me précisant qu'il était prêt à témoigner quant à sa personnalité. C'est une première dans les annales de ce type d'intervention. Il serait dommage que les jurés ne profitent pas de ce témoignage capital, tant pour Christophe que pour leur compréhension du dossier.

Qu'on n'objecte pas à cette demande un quelconque syndrome de Stockholm, parce qu'à mon avis, cela ferait de ce syndrome une véritable pandémie due au seul charisme de Christophe. Il convient alors de se poser les vraies questions quant à sa personnalité. Je vous ai du reste exposé une partie de ces éléments dans un précédent courrier, resté lettre morte.
Cela fait quatre ans également que je réclame les fameuses cassettes « égarées » par Antenne 2 et que vous avez fini par obtenir il y a peu.

Il a fallu que je harcèle mon avocat, maître Pierre Lumbroso, pour qu'il exige de faire verser au dossier, par un moyen ou un autre, la cassette d'un reportage sur l'INA diffusé par FR3 dans lequel était précisé que depuis les années cinquante, tout ce qui est diffusé à la télévision sans exception, même la plus insignifiante des émissions, est archivé et gardé, d'où l'impossibilité pour ces cassettes d'avoir disparu.

Quatre années que je subis les abus en tous genres, comme cette fouille à corps plus qu'humiliante, outrepassant le droit le plus élémentaire et le plus fondamental et pour laquelle une plainte a été déposée. Par deux fois, comme vous le savez, j'ai été extraite du rang de la file d'attente à la prison de Luynes où je me rendais pour la première fois en juillet dernier, pour être fouillée nue devant des boites aux lettres, pieds nus sur du béton, sans que la surveillante présente ne veuille me rendre mes tongs comme je le lui demandais.

Le plus horrible a été cette abominable inspection de pratiquement tous mes orifices. Pour les plus intimes, il m'a été demandé de tousser plusieurs fois en écartant les jambes et de tourner sur moi-même, nue, les bras levés.

Malheureusement pour moi, je n'avais pas d'autre choix que d'accepter si je voulais voir mon fils que je n'avais pas vu depuis quatre long mois faute de moyens.

Ceci n'a pas été sans me rappeler les exactions commises par cette américaine se délectant de la nudité des prisonniers musulmans, à la tristement célèbre prison d'Abou-Graïb.

Comment justifier de tels actes ? nous ne sommes pas en guerre, je ne suis pas mise en examen - et même dans cette éventualité, je ne pourrais pas accepter de tels agissements au 21ème siècle et aux portes de la grande Europe sociale qu'on nous vend depuis des mois, tous médias confondus.

Apparemment, mon seul délit est d'être la maman de deux fils délinquants, ce qui n'autorise pas la pénitentiaire, la police et la justice à user de la torture morale et physique n'ayant aucune justification plausible. Je vous rappelle que tout contact physique avec mon fils est rendu impossible par une mesure hygiaphone : un double vitre de plexiglas qui sépare mon enfant de ses visiteurs.
Quel objectif cherche-t-on à atteindre sinon une fracture psychologique de mes enfants en agissant de façon que la famille craque et abandonne à l'usure ?

Ca fait également des mois et des mois que Cyril demande à suivre des cours intra-muros puisque ceux qu'il avait commencé à prendre par correspondance ont du être abandonnés à cause des transferts incessants et de plus en plus éloignés, des cours qui disparaissent de son paquetage ou de son courrier. Tout ça l'a empêché de suivre cet enseignement.

Il a donc demandé au directeur de Fleury-Mérogis de prendre des cours par le biais du GENEPI intervenant en prison.

Tout est fait pour qu'il abandonne son projet en le changeant de cellule et d'étage au lieu de le mettre à celui de ceux qui étudient. Au contraire, alors que sa mesure d'isolement a été levée depuis décembre 2004, il est sans cesse placé dans des cellules grillagées qui valent à la France d'être régulière condamnée à de lourdes amendes par la Cour européenne.

En outre, j'aimerais que vous m'expliquiez pourquoi Cyril n'a pas toujours pas rencontré le psychologue qu'il a demandé à voir depuis des mois également.

Il a par ailleurs déposé une plainte avec l'aide de son avocate Delphine Boesel, suite à l'intervention
musclée de surveillants masqués qui l'ont attrapé à plusieurs, pour ne pas dire à plus de dix, l'ont immobilisé, lui ont arraché ses vêtements et lui ont écarté les cuisses dans le seul but de l'humilier.
Elle a été classée sans suite, mais une plainte avec constitution de partie civile a été déposée, ce genre de « débordements » étant de plus en plus utilisés pour briser l'individu. La pénitentiaire qui table sur le silence des concernés en raison de leur difficulté à parler librement de ce qui touche au dernier rempart de leur dignité - leur virilité - ne prend ainsi que peu de risques.
Comme Cyril refuse d'être la victime consentante de ce genre de pratiques, j'ai usé de trésors de diplomatie pour qu'il ne « pète pas les plombs ». Dans un acte de désespoir vengeur, il a décidé de briser le silence en portant plainte, même s'il ne se fait guère d'illusions quant au résultat.
Son avocate a réussi à faire sortir Cyril du quartier d'isolement où il se trouvait de façon arbitraire puisque la pénitentiaire n'avait pas respecté les délais prescrits par la circulaire NORJUSE9840065 du 14 décembre 1998.

A l'issue de cette décision, et avec votre accord, il a été transféré à la maison d'arrêt de la Santé où il n'est resté que quatre jours, pour être transféré de nouveau à Fleury sans autre motif « qu'il avait trop de prisonniers du même profil dans cet établissement ». Comme si la pénitentiaire et la justice ne connaissaient pas le nombre exact de détenus de profil identique qu'elles broient entre les hauts murs avant de le transférer.

Dans cette hypothèse, elles considèrent mon fils et beaucoup d'autres détenus comme de vulgaires paquets de linge, des sous-hommes, se mettant ainsi sur un pied d'égalité avec les célèbres prisons de Guantanamo et d'Abou-Gaïb déjà nommée.

Aujourd'hui, Cyril se trouve au quartier disciplinaire, au mitard, simplement parce qu'il n'a pas voulu changer de cellule une nouvelle fois pour les raisons suivantes :

A peine rentré du terrain de sport, en sueur, le directeur a demandé à le voir pour lui signifier qu'il devait immédiatement déménager une seconde fois de cellule en moins d'un mois, sans même prendre de douche, pour intégrer une cellule du premier étage grillagée semblable à celles du quartier d'isolement, prouvant une fois encore l'animosité de l'administration pénitentiaire à son égard.

Je vous rappelle que cette mesure d'isolement a été levée le 20 décembre dernier par le tribunal administratif. Donc, une fois encore, la loi ne s'applique pas à tout le monde de la même façon, et elle me semble souple et adaptable avec nombre de subtilités pour qui sait la manier et détient le pouvoir.

Lors du prétoire, après avoir prononcé une condamnation à 15 jours de cachot dont sept avec sursis, le directeur, en présence de l'avocate de Cyril, a précisé « avoir les moyens nécessaires pour le faire sortir du mitard » s'il s'y refusait à l'issue de ces huit jours de condamnation comme il a apparemment menacé de le faire dans le seul but d'être entendu.
Quand on sait que le cachot est la punition suprême, le chantage ultime, que va-t-il trouver pour punir Cyril cette fois-ci : un nouveau placement à l'isolement ?

Je me fais énormément de souci quant à l'issue de cette nouvelle mesure disciplinaire.
Il y a aussi ce nouveau transfert que vient de subir mon fils Christophe vers la prison de Perpignan, après deux mois à peine passés à celle de Moulins. Et avant, il y a eu celles de Grasse, Luynes, Lyon, Strasbourg et toutes celles de l'Ile de France, toujours dans des conditions extrêmes. Or, il est aisé de constater que Christophe qui est un calme n'a aucun rapport d'incident en détention, sauf pour refus de se baisser et tousser en montrant son postérieur.

Ce qui prouve une fois encore l'acharnement vengeur des institutions face à une tentative d'évasion. Vouloir s'extraire d'un tombeau mortuaire ou d'une situation aliénante vous classe en tête de liste sur l'échelle des valeurs liées à la dangerosité des individus incarcérés, loin devant les tuteurs en série et autres violeurs d'enfants.

Il n'y a aucun jugement moral ou de valeur, seulement le froid et implacable constat d'une maman qui s'interroge sur l'avenir (carcéral) de ses enfants.

Christophe ne voit plus sa fille depuis plus de trois ans. Quant à Cyril, il a dû au début de sa jeune paternité refuser que sa fille vienne le voir dans les bras de sa mère au parloir, parce qu'elle ne pesait que 960 grammes à sa naissance. Les transports en commun jusqu'à Rouen auraient présenté un trop grand risque de contamination pour une grande prématurée.

En outre, il avait dû faire trois mois de mitard (limité à 45 jours par la loi), soit Noël, le jour de l'an, et son anniversaire, pour se faire entendre et obtenir son transfert sur la région parisienne afin de voir sa fille sans la mettre en danger, ce que les institutions n'ont pas su faire malgré leurs discours vertueux sur le maintien du lien familial.

Donc, cette soit disant volonté, tant judiciaire que pénitentiaire, de privilégier les liens familiaux ainsi qu'une éventuelle réinsertion n'est que de la poudre de perlimpinpin distribuée aux médias comme un anxiolytique de masse destiné à endormir la conscience d'un public susceptible de se poser des questions.

Tant que des individus seront privés du droit à la dignité, brimés, assujettis ou torturés, qu'ils seront enfermés leur vie durant sans comprendre le sens d'une telle peine, dépossédés du moindre espoir ; ils fabriqueront dans leurs têtes des milliers de grappins et autres hélicoptères pour s'extraire de l'inexorabilité mortifière de leur situation carcérale.

Personne ne peut espérer garder des moutons dans des constructions prévues pour y enfermer des loups. Dans des conditions de détention aussi concentrationnaires, seul l'esprit de meute s'amplifiera malgré la volonté de séparation qui sous-tend cette politique ultra sécuritaire. Cette situation hautement délétère est le terreau de rebellions largement justifiées.

En envoyant Christophe à quelques mille kilomètres de sa famille dont les deux membres les plus importants à ses yeux sont malades, a-t-on un autre but que celui d'essayer de la faire également craquer ?

Il ne voit plus sa fille à cause de ses conditions de détention et d'isolement exceptionnelles,
notamment la mesure hygiaphone - digne d'un autre temps où la barbarie était la règle. Elles le coupent à jamais du monde des vivants de façon délibérée, dans le seul but de servir l'actuelle politique qui distille la peur et l'humiliation à des fins d'exemplarité pour pérenniser son avènement, son pouvoir et sa toute-puissance.

Votre fonction vous impose l'impartialité et vous engage à prendre en compte tous les éléments utiles pour faire la lumière tant sur les faits que sur sa personnalité de mes enfants.

D'avance, je vous remercie et vous prie d'agréer, monsieur le juge, l'expression de mes salutations distinguées. »

Veuillez agréer l'expression de mes salutations distinguées.
Catherine Charles
LETTRE DE CATHERINE AU JUGE D'INSTRUCTION, LE 13 MAI 2005
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# Posté le samedi 16 juin 2007 16:16

Modifié le vendredi 15 février 2008 10:37

FRATERNITE A PERPETE

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Le dimanche 27 mai 2001 en début d'après-midi, un hélicoptère survole la maison d'arrêt de Fresnes. Quelques minutes plus tôt, trois hommes armés se sont emparés de cet hélicoptère, piloté par une femme, et l'ont contrainte à les emmener au-dessus de la prison. Après avoir survolé la base militaire de Villacoublay, ils arrivent à destination à l'heure des promenades dans les cours grillagées.

En ce dimanche ensoleillé de fête des Mères, nombreux sont les prisonniers à être sortis respirer un peu d'air. Dès que l'hélico se place en vol stationnaire éclate une fusillade entre ses occupants et le gardien d'un mirador. Un surveillant (Nicolas Taffin) est blessé à la poitrine et l'un des passagers, à la cuisse [1].

L'échelle de corde larguée en vol est trop courte, les filins de sécurité empêchant l'hélico de descendre assez bas. L'appareil repart bredouille, après avoir lâché un sac contenant armes et gilets pare-balles.

Deux prisonniers, Christophe Khider et Mounir Benbouabdellah, s'emparent alors du matériel et prennent en otages trois gardiens, dont un homme de couleur, afin de négocier leur sortie de prison.

Le RAID intervient dès 15 heures pour tenter de débloquer la situation, libérer les surveillants, contenir un début de mutinerie à Fresnes et maîtriser les deux prisonniers.
Vingt et une heures plus tard, ces derniers se sont rendus après avoir libéré leurs otages - un premier surveillant a été rapidement relâché, et, vers 11 heures du matin, les deux autres sont libres. Mounir Benbouabdellah se livre le premier aux autorités, une heure plus tard, Christophe Khider se rend à son tour.

La relation par la presse, les interviews des personnels de l'administration pénitentiaire, de Pierre Mirabaud, préfet du Val de Marne de l'époque, et de Michel Barreau, procureur de la République, sont quasiment unanimes quant aux faits : les deux prisonniers qui tentent cette évasion sont des « figures du grand banditisme, des hommes extrêmement dangereux ». Mounir Benbouabdellah purge une peine de quinze de prison, Christophe Khider est condamné à trente ans de réclusion.

Grâce au sang-froid des négociateurs et des surveillants, le pire qu'on pouvait attendre de ces deux monstres a été évité. Quant aux complices ayant détourné l'hélicoptère, ils ont ouvert le feu, blessant grièvement un surveillant en poste, avant d'abandonner leur projet et de prendre la fuite. Les faits sont relatés sur fond de discours sécuritaire, de tentatives d'évasion en série, de manque de moyens et de conditions de travail déplorables des gardiens...

Dans ce recueil, nous essaierons de décrire et d'analyser ces faits avec un autre regard. Le procès des trois hommes inculpés va se jouer à partir de cette image de « monstres irrécupérables et violents », et nous allons voir que ce ne sont pas ces caractéristiques qui apparaissent à l'examen objectif du déroulement des événements.

Une première évidence s'impose, les occupants de l'hélicoptère n'ont aucun intérêt à cet échange de tirs avec le mirador, qui compromet la réussite de l'opération et met leurs vies en danger. L'objectif est de repartir avec les deux prisonniers, le mieux étant qu'aucun coup de feu ne soit tiré. Une directive ministérielle existe d'ailleurs pour ce type de situation, qui précise que les miradors ne doivent en aucun cas ouvrir le feu sur un appareil survolant une prison ; ils ne peuvent pas non plus faire feu sur les prisonniers à l'intérieur de la prison. La loi les autorise à le faire s'ils sont au bout d'une corde d'évasion, ce qui n'est pas le cas ici, puisque la corde est trop courte pour que Christophe Khider ou Mounir Benbouabdellah s'en saisissent. Les « libérateurs » connaissent certainement ces directives.

La déclaration de la pilote d'hélicoptère, Marielle Simon, dans une interview au Nouvel Observateur en novembre 2001, est révélatrice à plusieurs égards.

Elle se demande d'abord pourquoi la promenade des prisonniers n'a pas été annulée, puisque les autorités savent, au moins depuis le survol de Villacoublay, qu'un appareil se dirige illégalement vers Fresnes.

« J'ai su après coup que l'alerte avait été donnée et que mon cap laissait deviner notre destination. Mais la lourdeur administrative a alors empêché toute intervention rapide et efficace. Tout ça parce que c'était dimanche et que la hiérarchie n'a pu être jointe à temps. [...]

En tout cas, ils n'ont pas annulé la promenade des détenus dans la cours. Quand on est arrivés au-dessus du bâtiment, il n'y avait encore personne, ni dans la cour, ni sur le toit, et mes pirates ont juré : « Les cons, ils sont pas là ! » J'ai quand même commencé à descendre et, tout d'un coup, j'ai vu plein de monde dans la cour. Ca paraissait hallucinant, si l'hélico se plantait, il y aurait eu des tas de morts. »

Elle rapporte ensuite un fait crucial : « Tout d'un coup, ça s'est mis à tirer. Je ne sais pas qui a commencé, j'ai juste entendu dans l'hélico : « Les cons, ils nous tirent dessus ! »

Savaient-ils qu'il est interdit de tirer sur un hélico ? Là est une des questions essentielles du procès à venir : l'administration pénitentiaire a intérêt à affirmer que ce sont les occupants de l'hélicoptère qui ont ouvert le feu, car le contraire la met en faute grave et atténue de façon plus que conséquente la responsabilité des passagers de l'appareil.

Le second point important du témoignage de Marielle Simon concerne la façon dont elle a été traitée pendant la prise d'otage. Pendant que les coups de feu du mirador visaient l'hélicoptère, « je perdais le contrôle. Je n'avais qu'une solution, redevenir maître à bord, faire cesser les tirs et m'éloigner [...] J'ai demandé aux pirates de ne plus tirer car je ne pouvais plus piloter. Mon interlocuteur n'a pas discuté, il a ordonné à ses potes l'arrêt des tirs [...] et on est partis là où ils avaient prévu de se rendre, sur un stade de foot où les attendaient une voiture. [...]

Cette fois, je n'avais plus d'espoir de m'en sortir vivante. L'opération avait foiré et bientôt ils n'allaient plus avoir besoin de moi. Il aurait été logique qu'ils me tuent. [...] Le stade a été évacué, les deux de derrière ont sauté et sont barrés. Puis mon interlocuteur m'a menottée sur ma commande en s'excusant. Avant de s'enfuir, il m'a félicitée. C'est là, sur le stade, que j'ai réalisé que l'appareil avait été traversé par des balles. Il y avait un trou de plusieurs centimètres dans le plancher. Cette balle a blessé l'un des pirates mais, à trente centimètres près, c'est moi qui l'avais dans les fesses. » Elle conclut : « Je pense que ces types n'avaient pas un mauvais fond et qu'il reste beaucoup de failles dans cette histoire. »

Les failles que suggère la pilote sont primordiales.

Pourquoi les autorités n'ont-elles pas réagi ?

Les premiers coups de feu sont-ils partis du mirador ou de l'hélicoptère ?

Comment analyser cette courtoisie des « pirates de l'air » vis-à-vis d'un otage témoin qui a entendu leur voix, qui est en mesure de décrire leur taille, qui pourrait les reconnaître ?

Marielle Simon est la seule personne à avoir vécu ces quelques moments à leurs côtés et elle ne décrit jamais ses ravisseurs comme des brutes sanguinaires en proie à une violence aveugle, prêtes à tout pour réussir.
Bien au contraire.

Côté prison, lors de la prise en otages des trois surveillants, celui qui a le plus côtoyé Christophe Khider et Mounir Benbouabdellah est un policier psychologue du RAID qui avait en charge les négociations ?

Des échanges qu'il a eus avec la mère de Christophe et Cyril, Catherine Charles, il ressort que ce fonctionnaire redoutait plus un suicide de Christophe qu'une exécution des otages...

La monstruosité n'est peut-être pas là où on l'attend : pendant les négociations, un responsable de l'administration pénitentiaire a ordonné par téléphone à Christophe de libérer en priorité le surveillant blanc ! Cela est enregistré dans les dépositions.

Nous reviendrons sur ces éléments troubles du dossier.

En préalable, deux questions viennent comme instinctivement à l'esprit.

Quelles raisons peuvent pousser des hommes à risquer d'alourdir encore des peines déjà si énormes ?

Pourquoi risquer sa liberté et sa vie en venant chercher un frère ?

Les témoignages qui suivent dans ce livre répondent largement à ces deux questions. Ils émanent des prisonniers ou de familles de prisonniers qui connaissent bien le monde carcéral pour le subir quotidiennement, et sont donc bien placés pour témoigner de ce qu'est la prison, de ce qu'elle produit.

Nous pouvons tout juste rappeler une évidence, relevée également par les « spécialistes » des droits de l'homme : les peines de prison administrées en France sont démesurément longues, elles sont synonymes d'une véritable mort - mentale, physique et sociale. Comment ne pas comprendre que vingt, trente années de prison, empêchent toute idée d'acceptation et qu'elles plongent ceux qui y sont condamnés soit dans le désespoir, soit dans la haine. L'évasion est alors le seul réflexe de survie face à un interminable et inéluctable processus d'anéantissement. Tous les experts des questions pénales et judiciaires s'accordent pour dire qu'au-delà de quinze ans toute peine n'a plus aucun sens. Mais, pour la justice et son système carcéral, la préoccupation majeure n'est pas que l'on meure à petit feu dans les geôles françaises, elle est d'empêcher que l'on tente de s'évader, mais aussi que l'on s'oppose à sa toute-puissance. L'administration pénitentiaire le reconnaît elle-même, elle préfère dix suicides à une évasion. Alors que celle-ci n'est, dans ces conditions, qu'un acte de légitime défense.

Blanc comme les manques du dossier

Nous ne sommes évidemment pas en mesure de citer le dossier d'instruction, il est secret, mais nous pouvons évoquer un certain nombre de points laissés en suspens. Ceux-ci constituent autant d'éléments à décharge, sur lesquels les avocats et les familles des inculpés ont demandé des éclaircissements afin qu'ils soient pris en compte lors du procès. Nous allons voir qu'ils sont aujourd'hui négligés par l'instruction, alors qu'elle est censée étudier de façon équitable les éléments à décharge comme ceux à charge, afin de ne pas se substituer au jugement.

Un des éléments décisifs de ce procès sera d'établir qui a ouvert el feu, les surveillants en poste dans le mirador, ou les occupants de l'hélicoptère. L'administration pénitentiaire accuse ces derniers, tandis que Cyril Khider maintient que c'est le mirador.

Il y a deux miradors de ce côté du mur d'enceinte de la maison d'arrêt de Fresnes. Il y avait, ce jour là comme tous les jours, un surveillant dans chacun des deux : l'audition du surveillant du premier mirador aurait été essentielle puisqu'il n'a pas tiré, lui. Son témoignage aurait apporté des éléments importants pour comprendre pourquoi le surveillant en poste à l'autre mirador a tiré... Le premier mirador était tout autant en danger que le second, et si ce sont les passagers de l'hélicoptère qui ouvert les hostilités, pourquoi n'ont-ils pas tiré sur les deux ?

Pourquoi n'auraient-ils visé que le second ?

Sinon parce ce que celui-ci leur tirait dessus ?

Hypothèse qui mérite en tout cas que l'on s'y attarde.

Les trois personnes qui ont vécu cette fusillade et qui seront présentes au procès sont : Marielle Simon, la pilote ; Nicolas Taffin, le surveillant en poste au second mirador ; et Cyril Khider, le passager de l'hélicoptère.
La moindre des choses, puisque leurs versions divergent, aurait été de les confronter pendant l'instruction. Il n'en a rien été.

Restent donc : la parole d'un membre de l'administration pénitentiaire, a priori présentée comme inattaquable ; la parole de la pilote de l'hélicoptère, que l'on ne manquera pas de présenter comme incertaine en raison de la situation extrême ; et la parole de Cyril Khider, a priori mensongère.

Pourtant, Marielle Simon se souvient parfaitement de cette phrase prononcée par un des occupants de l'hélicoptère : « Ah les cons, ils nous tirent dessus ! »

Un vidéaste amateur a filmé le déroulement de cette tentative d'évasion, depuis son domicile. Il a fourni ses images aux chaînes de télévision, qui en ont diffusé quelques extraits. L'ensemble du document aurait pu être confrontés à ceux des personnels de l'administration pénitentiaire.

Pourquoi le témoignage du policier du RAID qui a mené les négociations n'a-t-il pas été retenu dans le dossier - alors qu'il l'avait lui-même souhaité, comme il l'a confié à Catherine Charles au moment du dénouement de la prise d'otages ?

Ce ne sont que quelques points... d'autres apparaîtront au cours du procès... C'est du moins ce que nous souhaitons, sinon cela signifierait que les inculpés sont déjà condamnés, au terme d'une instruction à charge ayant négligé ces incohérences, et menant les jurés à avaliser une sentence déjà fixée.

Rouge comme la robe des juges

Rappelons ici qu'une cours d'assises est uns instance « populaire ». Les jurés qui auront à se prononcer pour décider de l'avenir des trois hommes inculpés doivent pouvoir le faire en toute liberté. Ils ne sont ni « commis d'office », ni simples huissiers de justice mandatés pour ratifier une décisions soufflée par une instruction orientée à charge.

Ce n'est pas facile d'être juré, à plus forte raison quand les éléments qui servent à se forger une conviction sont partiaux, biaisés ou incomplets.

Le plus difficile est de saisir la substance même du procès et de na pas se laisser désorienter par le rituel judiciaire - de chercher à comprendre, pour ne pas devenir un auxiliaire de justice attaché à maintenir les prévenus dans le cadre de l'acte d'accusation. Cela est d'autant moins évident que les jurés, et le public, dans leur grande majorité, ne mettent pas en doute ce que racontent les médias, à grand renfort de mots pesés et de photos chocs, leur servant en « prêt-à-penser » la voix de l'opinion qu'il faut avoir.

Difficile aussi de ne pas prendre comme des évidence les propos des magistrats ou des journalistes professionnels, de ne pas adhérer à leurs raisonnements et aux conclusions qui en découlent. Tout est fait pour que le terme « accusé » fasse oublier l'homme qui est derrière le mot au profit d'une caricature, comme un costume sanguinolent sur un cintre, ou un mannequin. Les hommes, passés sous la lampe à ultraviolets de la justice, sont déshumanisés à tous les stades de l'accusation : ils sont d'abord des prévenus, puis des accusés, et enfin des coupables, le tout dans un alignement de dates, de chiffres, de cotes, de dépositions écrites et signées.

Aucun juré ne peut prétendre avoir une conviction personnelle s'il ne parvient pas à se soustraire à la pesanteur judiciaire. Or, aux yeux des autorités, il n'est pas un juré particulier : il lui est demandé de jouer un rôle prédéfini, destiné à valider l'illusion d'un jugement populaire. Dans ce rôle, un citoyen ne pourrait avoir qu'une seule vision, bien conforme. Il aurait le même comportement face aux problèmes et les mêmes réponses à y apporter que les autres membres du jury, et ce point de vue se doit être identique à celui concocté à l'avance par l'accusation.

Pourtant, rien de cela ne devrait être évident : juger un être humain ne devrait pas s'envisager sans que l'on se soit préalablement interrogé sur la justice, sur sa fonction comme sur celle d'une cour d'assises, sur la notion de peine, sur l'enfermement...

Adhérer avec empressement aux valeurs reconnues, maintenir la réflexion au niveau de la propagande médiatique, ce n'est être ni neutre, ni impartial, c'est au contraire une prise de position, un consentement tacite à un système judiciaire vécu comme immuable, inattaquable, de droit divin, même si de nombreux exemples ont montré qu'il peut commettre les pires horreurs. Outreau est loin d'être un cas unique...
Et tant que l'on reste dans ce moule préfabriqué, on se cantonne au spectacle permanent joué autour du schéma accusation-défense, spectacle dans lequel l'accusé sert de bouc émissaire, et le juré d'huissier de justice.

Plus les hommes à juger sont présentés comme exceptionnellement dangereux, comme essentiellement différents su commun des mortels, plus le jugement paraît chose facile.
La caricature manichéenne légitime le jugement en bonne conscience, consolidé par le poids du casier judiciaire, et des prétendues expertises psychologiques, toujours à charge. Le fait que les inculpés paraissent dans un box, qu'ils soient menottés et entravés, encerclés par des gendarmes, les transforme en monstres jetés en pâture à la bonne conscience des honnêtes hommes.

Le mécanisme d'un procès est bien huilé, à tel point que, même s'il le désire, il est difficile pour un juré de poser des questions sur les points obscurs du dossier, sur des faits ambigus qui exigeraient pourtant des éclaircissements. Et dans ce dossier, il y en a. le cérémonial judiciaire place le juré, comme un élève devant son maître, dans un état de dépendance face à une autorité qu'il a du mal à contredire, voire à déranger en lui posant des questions. Tout est fait pour que le juré ne montre rien : sous la consigne de la loi, qui dit de « rester impassible, de ne rien indiquer par des gestes ou par des paroles, des sentiments », se loge l'attitude passive du bon vieux juré studieux, discret, pas dérangeant.

Et pourtant c'est à lui qui, même s'il n'est qu'un porte-parole, est investi d'un pouvoir de décision.
Le rôle d'un juré, son travail, ne devrait pas se limiter à subir des journées d'audience pour ne s'exprimer qu'indirectement le jour du délibéré.

Cette position de dépendance vis-à-vis du président est confortée par le fait qu'elle est rassurante pour les jurés, lesquels, du coup, se dégagent de la responsabilité de leurs décisions. La mise en scène, le rythme routinier des audiences, entretenu par les magistrats, ont également pour effet de sécuriser les jurés, lesquels se laissent porter par cette machine qui fonctionne depuis si longtemps.
On peut toujours se raccrocher à un professionnel, à un spécialiste, à quelqu'un qui sait, à celui qui guide vers le bon choix. Et le juré se retrouve trop vite à n'être plus bon qu'à poser les questions subsidiaires dans une sorte de « jeu des devinettes » dont les résultats sont connus à l'avance. D'autant plus que, face aux questions dérangeantes qui pourraient surgir en dépit de cet appareil de contrôle bien rôdé, il existe un arsenal de réponses toutes prêtes et de généralités qu'il semble difficile de réfuter, comme par exemple : « la violence s'accroît sans cesse dans une société trop laxiste qui laisse courir de dangereux criminels ayant fait le choix, pour toujours, de la violence aveugle ».

Une fois transformé en auxiliaire des magistrats, le juré cherchera à faire entrer tout nouvel élément di dossier dans le cadre de la culpabilité. Ne l'absence de preuve, il s'essaiera à la débusquer, parfois même à la fabriquer. La cour d'assises aura ainsi réussi à la désinvestir de sa vraie fonction de juré pour le transformer en bras accusateur et répressif.

Au bout de cette logique, il y a des années de prison...

Et la prison, tant qu'on n'y a pas séjourné, on en ignore tout. Il y a bien des visites organisées pour les jurés avant chaque session d'assises, mais on ne leur montre que du présentable. Les prisons dorées, les prisons quatre étoiles, ça n'existe pas, loin s'en faut.
Les parlementaires qui ont inspecté les geôles françaises les ont eux-mêmes qualifiées de « honte de la République ». C'est pourtant à la louche que sont distribuées les années de détention.

Perpétuité, trente ans, vingt ans, quinze ans... c'est le découpage usuel. On ne se représente pas ce que signifient ces durées : deux ou trois semaines de procès peuvent sembler une éternité aux jurés, tandis que vingt années de prison leur paraîtront peut-être comme des vacances ennuyeuses...

Quand viendra le procès de l'affaire dont il est question ici, espérons que les jurés ne se laisseront pas enfermer dans un simulacre de justice : débattre de faux problèmes avec de fausses solutions, donner de lourdes peines en ayant la bonne conscience du devoir accompli, du service rendu à l'ordre social, en le débarrassant pour longtemps d'« abominables criminels ».
Souhaitons que, pour une fois, on pose de vraies questions.

Quelles sont les raisons de leurs actes ?

Comment et pourquoi les ont-ils commis ?

Pourquoi une évasion serait-elle, dans certains cas, un acte héroïque et, dans d'autres, un crime ?

A quoi ressemblent les ghettos carcéraux ?

A qui sert la prison ?

Si ce ne sont pas les jurés qui s'interrogent ainsi, il a peu de chances que ce soient les magistrats de la cour d'assises qui le fassent, car ils forment un solide maillon de la chaîne judiciaire, s'attachant aux symptômes et refusant d'en comprendre les causes. Punir, condamner, c'est la seule raison d'être de ce tribunal - et ses verdicts écrasants n'ont en fait qu'un but : service d'exutoire.

Laissons maintenant la parole à ceux qui ne pourront pas la prendre librement lors des audiences.


Ce livre "Fraternité à perpète" (Edition L'insomniaque - 2006) est dédié à Mounir BENBOUABDELLAH

[1] L'analyse ADN du sang laissé sur le siège de l'hélicoptère identifiera rapidement Cyril Khider.

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# Posté le samedi 16 juin 2007 16:11

Modifié le vendredi 15 février 2008 10:39

DEPOT DE PLAINTE DE CYRIL KHIDER CONTRE L'ADMINISTRATION PENITENTIAIRE.

DEPOT DE PLAINTE DE CYRIL KHIDER CONTRE L'ADMINISTRATION PENITENTIAIRE.
Au loin, j'ai vu un monstre.
M'approchant, j'ai vu un homme.
Lui parlant, j'ai trouvé un frère.
Proverbe indien






Monsieur,

Veuillez trouver, ci-joint copie de la plainte déposée par mes soins contre l'administration pénitentiaire pour agression sexuelle et atteinte à la dignité humaine.

J'ai déposé cette plainte, aidé de mon avocat maître Boesel, auprès des instances internes qui l'ont classée sans suite. C'est pour cette raison que nous nous portons partie civile dans ce dossier pour que plus jamais ce genre d'acte de barbarie ne soit à nouveau perpétré par des agents de l'administration pénitentiaire. Je suis en outre obligé de vous raconter mon parcours carcéral de ces quatre dernières années pour que cous compreniez bien l'urgence de la situation actuelle.

En août 2001, je suis incarcéré après avoir tenté de délivrer mon frère Christophe à l'aide d'un hélicoptère au-dessus des prisons de Fresnes ; à partir de ce moment et jusqu'à aujourd'hui, je ne dois ma survie qu'à la mobilisation de ma mère, gravement malade, qui anime avec ses amis une petite radio associative se faisant le relais de l'intérieur des prisons, ce qui permet à un petit groupe de gens de savoir, en partie, ce qui se passe intra-muros, obligeant ainsi le personnel pénitentiaire à plus de mesure lors de leurs exactions.

Dès ma sortie de l'isolement [à la prison de Nanterre], j'ai eu droit à la visite d'un groupe de surveillants qui étaient, d'après leurs propos outrés que je sois en détention dite « normale ». Certains d'entre eux m'ont promis de sévère représailles : « Ce que tu as fait au collègue, tu vas le payer amèrement ; tôt ou tard on te crèvera, crois-nous, tu vas le regretter, jamais nous ne te laisserons respirer à nouveau l'air de la liberté, etc. »

Tous m'ont promis de me mener la vie impossible en essayant de me faire craquer, ce qu'ils ont en partie réussi à faire. Aucun de mes courriers pour dénoncer cet état de fait n'a réussi à franchir l'enceinte de la prison, ce dont je me suis rendu compte il y a peu. Je pensais qu'en dehors du courrier des proches et des mais, qui m'arrivait en pointillé, se faisant de plus en plus rare, les lettres « officielles » parvenaient à leur destinataire. Assurer sa défense en prison est impossible si on espère saisir les instances internes par le biais du courrier. C'est un mode de recours illusoire : même les lettres avocats sont ouvertes, quand elles ne disparaissent pas purement et simplement.

Durant ce séjour à la prison de Nanterre, aucune activité ne m'a été accordée, pas d'accès à la scolarité ni au sport malgré mes nombreuses demandes. Régulièrement, des coups violents étaient assénés dans la porte de ma cellule pendant mon sommeil, et cela à toutes les heures de la nuit, ce qui, vous l'imaginez, me faisait battre le c½ur à tout rompre. Cela a duré plus d'un mois, jusqu'à ce que l'administration pénitentiaire me transfère sur la prison de Fleury-Mérogis (Essonne). C'est sous prétexte fallacieux de préparation d'une tentative d'évasion et sans aucune preuve pour accréditer cette thèse que tous mes transferts seront justifiés ; il deviendra l'argument numéro un pour justifier les mesures ultra-coercitives et autres subtilités liberticides tendant à faire craquer un individu. JE vous rappelle que ces fausses allégations ont été portées moins d'un mois après ma sortie de l'isolement, ce qui permet de souligner l'affabulation évidente des surveillants.

C'est donc en décembre 2001 qu'à peine arrivée à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, les surveillants me tiennent à s'y méprendre le m^me discours que leurs collègues de Nanterre, à savoir : « Pour toi, ici, il n'y a rien à espérer, à part les deux promenades quotidiennes prévues par le règlement tu n'auras rien, et il vaudrait mieux que tu marches la tête baissée parce que l'on n'hésitera pas à te faire la peau... »
Dès la première nuit, lors de la ronde, je suis réveillé en sursaut par des coups de pied violents dans la porte de la cellule ; ils se poursuivront une bonne partie de la nuit ainsi que les nuits suivantes.
Au bout de vingt jours de ce régime, je décide faute d'autre choix, de monter au quartier disciplinaire, leur précisant que je n'en sortirais que lorsque j'aurais été transféré dans une autre maison d'arrêt de la région parisienne, dans l'espoir que ces procédures dignes de tortionnaires rompus à une discipline barbare cesseraient.

A l'époque, le directeur général de Fleury-Mérogis me demande d'intégrer un autre bâtiment de la tripale, me précisant que je ne serais plus « importuné ».
J'ai donc pris sur moi de sortir du quartier disciplinaire pour tenter de retrouver un semblant de tranquillité.
Cela n'a duré en tout et pour tout qu'un ou deux mois, juste le temps nécessaire à ce que je récupère mon souffle.
Puis, un agent n'a rien trouvé de mieux à faire que me ramener en retard au parloir deux fois consécutives ; je n'ai rien dit, espérant que cela ne se reproduirait pas. Mais, suite à la seconde fois, la même agent m'a refusé l'accès à la cour de promenade auquel je pouvais prétendre à l'issue du parloir de vingt minutes.
Il prétextait que des personnes ayant eu la même série de parloirs ne peuvent accéder à la promenade ensemble, alors que le règlement interne stipule que si le temps restant après le parloir est égal ou supérieur à trente minutes, comme c'était précisément le cas à cet instant, la promenade pouvait avoir lieu ; il restait trente minutes avant la fin de la promenade, et tous les détenus présents au parloir dans la même série que la mienne ont pu accéder à la cour de promenade.

J'ai donc prévenu le surveillant que, la prochaine fois, je me couperais les veines et qu'il serait seul responsable de cela.

L'agent a d'abord rigolé en me disant que je lui rendrais service, puis, pour se couvrir, il a mis un rapport d'incident, prétextant que je l'avais menacé de mort. Je suis donc passé en commission disciplinaire et j'ai été placé dans le quartier du même nom. A la fin de cette sanction, j'ai refusé catégoriquement de sortir du mitard.
Au bout d'un mois, j'ai reçu la visite du directeur, qui m'a de nouveau demandé de sortir du quartier disciplinaire, m'indiquant qu'il avait fait le nécessaire pour que je sois transféré dans un autre établissement.
J'ai accepté, mais à la condition que je retourne à l'isolement pour ne pas retrouver le personnel encadrant la détention dite « normale », afin d'éviter un quelconque affrontement.

Je lui ai expliqué, au passage, les sévices physiques et moraux subis quotidiennement, comme le manque de sommeil, les crachats dans la nourriture et les nombreuses menaces, dont je fait l'objet, lui précisant que je n'étais pas sûr de pouvoir me contrôler lors des prochaines exactions de son personnel vu que mon seuil de résistance personnelle était atteint. Je me suis donc retrouvé durant un mois environ au quartier d'isolement de Fleury-Mérogis.

J'arrive au début de l'été 2002 à la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Je suis reçu par la direction de l'établissement qui me précise qu'en son enceinte, personne n'est au courant des motifs de mon incarcération et que tout se passera bien.
Dès le lendemain, chaque surveillant vient se « présenter » à moi, certains d'entre eux me font remarquer qu'ils étaient en poste à la maison d'arrêt de Fresnes, celle où a été perpétrée la tentative pour laquelle je suis incarcéré. Tous ne me disent pas clairement qu'ils comptent me nuire ; avec subtilité, ils me le font comprendre terminant toutes leurs phrases par : « On t'a à l'½il. »

Pour les plus virulents d'entre eux, j'ai droit à de nouvelles menaces de mort, des promesses de me faire les misères nécessaires pour me faire craquer, de s'en prendre à ma famille en leur refusant l'accès au parloir sous divers prétextes dont le plus récurrent est : « madame, vous vous êtes trompée dans la prise de vos rendez-vous. » Ils agissent principalement de la sorte avec mon épouse qui vient avec ma fille prématurée dans les bras.
Ma mère, elle, se serait empressée de faire un scandale en pareille situation, suivi d'un dépôt de plainte, ce que les agents ne sont pas sans savoir. Ils me répètent sans cesse à toute heure du jour et de la nuit : « On en a fait craquer des plus durs que toi. » j'ajoute que dans cet établissement, mon linge de corps est régulièrement souillé par des substances soit grasses, soit sucrées, avec en prime une fois sur deux des traces de chaussures prouvant l'acharnement des agents.

Quelques jours avant mon mariage, ma mère m'a fait remettre une chemise offerte pour l'occasion par un ami de mon frère qui travaille dans la livraison de sang et d'organes et qui y a laissé une vieille puce téléphonique qu'il croyait définitivement perdue et déclarée comme telle, donc inutilisable.
Je me rappelle que mon épouse aurait pu me donner cette puce au cours d'une visite si une quelconque préméditation était en cause.
De retour dans ma cellule, j'ai trouvé celle-ci sens dessus dessous, pâtes vidées à même le sol, café, riz, sucre également vidés à même le sol, briques de lait éclatées contre le montant de mon lit et vaguement essuyées avec mes serviettes de toilette.

Le même jour à 21 heures, deux inspecteurs de ka police criminelle, deux maîtres-chiens avec leur animal respectif et une dizaine de surveillants du plus gradé au simple surveillant ont investi ma cellule pour procéder à la perquisition des lieux, déjà retournés par certains agents.
Evidemment, ils n'ont rien trouvé se rapportant à la puce inexploitable trouvée dans la chemise sus-citée.

D'ailleurs, mon épouse n'a pas été inquiétée, puisque ma mère a appelé le commissariat pour faire savoir aux policiers que le propriétaire de la puce se déplacerait dans la journée ; ce qu'il a fait sans tarder, clôturant ainsi cette malheureuse affaire.

Néanmoins, environ une quinzaine de jours plus tard, j'ai été placé à l'isolement à la demande du directeur de Villepinte.

C'est précisément à cette période qu'a commencé pour moi le véritable calvaire. Dès l'instant où je me suis retrouvé à huis clos avec les surveillants, la situation a basculé dans l'horreur. J4ai été
soumis à de nombreuses brimades, dont des restrictions alimentaires, le tutoiement est devenu systématique, un bon de cantine sur quatre m'était accordé, pour ne pas attirer l'attention de la compatibilité, je suppose. A plusieurs reprises, j'ai découverts des crachats et autres immondices dans mes « repas » servis par l'administration pénitentiaire. Provocations non-stop, fouille de la cellule et fouille à corps quotidiennes, à toute heure du jour et de la nuit, insultes permanentes derrière la porte, assorties de coups de pied.

C'est à cette époque que je sens ma raison vaciller et que, pour ne pas perdre pied, je décide de leur répondre en les insultant chaque fois que j'entends l'un d'entre eux proférer des menaces de mort à mon encontre ou celle de ma famille. Ces tortionnaires m'en donnent de suite l'occasion puisque, le soir même, ils me font croire qu'ils ont pénétré dans la cellule pendant mon sommeil, faisant des bruits de clefs dans la porte. Je suis en sueur tant la tension est grande, je les sais prêts à tout, je pense que ma dernière heure est venue quand, dans le noir, j'imagine le nombre.
Je suis à bout. Quelques secondes plus tard, je comprends qu'ils sont en fait dans le couloir lorsque je les entends s'éloigner en ricanant. Je me mets à hurler comme un animal blessé, puis, sortant complètement de mon sommeil, je me mets à les insulter. Ces images ne me quittent plus depuis cette nuit de cauchemar éveillé, je ne dors que d'un ½il entre chacune de leurs insultes nocturnes.

Souvent, pendant la palpation obligatoire avant chaque mouvement, certains surveillants me touchent volontairement les parties intimes pour provoquer une réaction de ma part.
C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à avoir des réactions violentes envers mes bourreaux ainsi que des idées de suicide, sans penser à la mort ; des troubles de la vision ont commencé à apparaître, des migraines insupportables, des troubles de l'audition sont également apparus, j'ai réclamé plusieurs fois venue d'un psychiatre ou d'un psychologue, en vain.

Un beau matin, je suis changé de bâtiment (isolement) vers 8h30 du matin ; comme la télé que j'ai payée est restée dans le bâtiment précédent, j'insiste pour qu'on me la ramène ; à 11 heures, n'ayant toujours pas obtenu satisfaction, je demande à ce qu'un gradé vienne régler le litige. Je tiens à préciser que, dans ce bâtiment, aucun cadeau n'est fait à l'isolé s'il lui manque ne serait-ce qu'un seul centime d'euro, il ne bénéficie pas d'un téléviseur durant quinze jours, même si entre-temps, un mandat est arrivé sur son compte. J'ai décidé de ne pas lâcher l'affaire, il en va de ma santé mentale.

J'insiste donc une partie de la journée jusqu'à ce que le chef de détention arrive accompagné de plusieurs agents ; il est sous l'emprise de l'alcool, c'est évident, il me dit de fermer ma gueule et me fait empoigner pour m'amener au quartier disciplinaire à titre préventif pour tapage. Devant tant de mauvaise foi, je me mets à l'insulter, le traitant d'un tas de noms d'oiseaux, lui déversant un flot de rage contenue, le traitant de bourreau en chef, lui disant que je le retrouverais dehors. Après avoir dessaoulé, il a porté plainte.

J'ai par la suite été condamné à cinq mois de prison ferme et 600 euros de dommages et intérêts. Lorsque j'ai essayé d'expliquer au juge du tribunal de Bobigny les raisons des menaces et insultes, elle n'a rien trouvé de mieux à me rétorquer que mon seuil de tolérance était peu élevé !!!
Pour renforcer l'argumentaire factice de la partie civile, mon chef d'accusation (tentative d'évasion) a été évoqué une fois de plus pour souligner que c'était une circonstance aggravante.
D'ailleurs, à ce jour, toutes les brimades, menaces, et autres comportements délétères à mon encontre se justifient par la qualification de mon mandat de dépôt, de même que mon maintien en quartier d'isolement est nécessaire voire vital. Après avoir subi pendant environ dix mois la vengeance institutionnelle, la torture démocratique, puisque personnes ne semble s'inquiéter outre mesure de ces nouvelles pratiques carcérales malgré les courriers de ma mère malade aux différents ministères concernés ainsi qu'une dénonciation publique lors du premier colloque à l'Assemblée nationale, le 1er décembre 2004, sur le thème « les prisons et l'Europe », organisé par Christine Boutin.

Il y avait là, parait-il, plus de 250 personnes présentes quand ma mère a pris la parole : donc, questions témoins il y a de quoi faire, personne ne semble s'émouvoir outre mesure de ce qui se passe dans nos prisons. Il est bien plus facile de donner des cours de morale à des pays comme l'Irak quand un(e) soldat(e) humilie un prisonnier.

J'ai donc pris la décision d'aller une nouvelle fois au quartier d'isolement, histoire de sauver ma vie ainsi que pour obtenir un nouveau transfert pour trouver un peu de tranquillité. Je précise qu'à la prison de Villepinte, tous les soirs, j'étais privé de mon nécessaire de toilette, de mon bas de pantalon et de mes chaussures, été comme hiver. C'est donc en caleçon et en chaussettes que j'ai passé mes nuits. Aucun joint à la fenêtre, ce qui m'empêchait d'avoir chaud l'hiver, même sous les couvertures. Il m'aura fallu faire treize jours de cachot pour obtenir un nouveau transfert.

A force d'être menacé, j'ai fini par répondre en piquant une crise de colère, m'en prenant aux choses plutôt qu'aux agents ; je me suis retrouvé enchaîné, entravé par des chaînes aux pieds, conduit au parloir couvert de sang et trempé des pieds à la tête, vu que j'avais saccagé ma cellule en réponse à mes tortionnaires ; c'est dans ces conditions que je suis allé au parloir voir ma femme, qui m'y attendait.

Ma mère a saisi l'OIP (Observatoire international des prisons), qui s'est rendu sur place et est intervenu.
Par contre, arrivé à la maison d'arrêt d'Osny, j'ai pu constater que les chefs, d'une manière générale, faisaient en sorte d'éviter tout débordement et tout problème, ce qui n'empêchait pas certains surveillants de me réveiller la nuit, soit en claquant les ½illetons contre les portes, soit en allumant la lumière durant de longues minutes jusqu'au réveil des détenus. A ce moment, nous sommes plusieurs à subir le joug vengeur de l'administration. Cela a duré six mois sans réel problème.

Le 8 novembre 2003, je suis transféré sur la maison d'arrêt de Rouen, soit à 130 km de chez moi, cet éloignement ne visait qu'à la rupture des liens familiaux dans la mesure où mes proches, par manque de moyens (argent, voiture, santé), auraient dû abandonner les visites. J'ajoute que ma fille Sara, qui vient de naître ne pèse que 960 grammes, ce qui signifie largement le fait que je ne veuille pas qu'elle prenne des risques contaminants dans les transports en commun en venant me visiter avec sa mère. Quant à ma propre mère, elle subit des transfusions régulières de plaquettes sanguines en relation avec sa pathologie ; elle est en effet atteinte du Sida depuis très longtemps, soit au moins vingt-quatre ans, puisque ma petite s½ur est née contaminée en 1981. Or, rien n'est fait pour aider cette gamine, qui n'est responsable en rien de l'incarcération de ses frères mais paie un lourd tribut à la justice ainsi qu'à l'administration pénitentiaire qui précipite le pronostic de morbidité en l'envoyant se fatiguer dans des trajets usants et mortifères, puisque le pronostic vital et également engagé.

Je rappelle en outre que mon épouse est inscrite sur la liste d'attente des greffes du rein. J'ai donc, toujours à contrec½ur, intégré une cellule du quartier disciplinaire où l'on m'a laissé croupir durant quatre-vingt-quinze jours, alors que la loi ne prévoit que quarante-cinq jours de cette ultime mesure de rétorsion. Trois mois et cinq jours dans à peine 4 mètres carrés sans un seul jour dehors ; j'ai cru devenir fou, mais j'ai perdu un peu plus de 10 kilos.

Durant cette période, après une altercation avec un surveillant à cause du manque de sommeil provoqué par le maintien d'un projecteur allumé en permanence la nuit, j'ai eu droit à un repas avec des asticots en guise d'assaisonnement. Dans ce quartier disciplinaire, les fouilles à corps s'effectuent systématiquement à nu avant et après chaque promenade, l'humiliation y est permanente et quotidienne, et si je désirais aller en promenade grillagée, il fallait que j'accepte que les agents me volent mes CD et mélangent mon linge propre avec le sale durant mon absence de la cellule.

J'ai été transféré de nouveau sur la région parisienne, à la maison d'arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine). Dès mon arrivée, j'ai fait l'objet de la part des surveillants du quartier d'isolement de provocations multiples et de plus en plus poussées sur l'échelle de la crapulerie : vols permanents dans mon paquetage pendant mes séjours au cachot, tee-shirt, short, chaussettes, caleçons. Un surveillant m'a même bousculé pour provoquer une rixe à laquelle je n'ai pas donné prise, toutes mes séances de sport ont été annulées sous des prétextes fallacieux, plus toutes les menaces de mort proférées clairement ou par sous-entendus, en présence de témoins pour ces derniers. Je suis resté trois mois avant d'être à nouveau transféré à la prison de Fleury-Mérogis.

C'est e n2004, en plein été, que j'arrive qu bâtiment D5 de Fleury-Mérogis, construit sur le modèle américain. Je suis placé à l'isolement, où tout m'est interdit, je passe sur les provocations verbales qui finissent par me faire craquer et insulter ceux qui les préfèrent, entraînant inévitablement de nouvelles sanctions disciplinaires. Par exemple, un soir, un valeureux surveillant vient nous insulter derrière la porte lors de sa ronde : « Bande de pédés, vous rigolez moins maintenant qu'on a le droit de porter des cagoules pour vous matraquer la gueule, vermines, chiens que vous êtes, etc. »

Les autres isolés et moi-même avons répondu à ces insultes par des insultes. Sur deux détenus ayant pris un compte rendu d'incident, je suis le seul à avoir été condamné. Je n'ai pas souhaité être assisté de mon conseil car je connaissais l'issu du « procès » interne, et je n'ai pas voulu comparaître devant ce pseudo-tribunal. J'ai donc été sanctionné de quinze jours de mitard.
A mon arrivée au quartier disciplinaire, je suis passé comme chaque fois à la fouille réglementaire ; une fois nu, le responsable de la fouille me demande de me retourner, de me baisser, de tousser devant l'auditoire, ce à quoi je refuse catégoriquement de me soumettre par un refus clair et net : « Je ne me baisse pas et je ne tousse pas. » A ce moment précis, une demi-douzaine de surveillants me sautent dessus, m'immobilisent en me plaquant au sol et commettent une agression sexuelle en ce sens que l'un des gardiens, après avoir enfilé une paire de gants en latex, m'a écarté les fesses sur l'ordre d'un brigadier présent. A ce jour, une plainte a été déposée contre eux, et cela fait plus d'un an que j'attends d'être entendu par les services de police, alors que pour le brigadier saoul de Villepinte qui avait porté plainte contre moi pour insultes, ça n'avait mis que quinze jours pour que je sois entendu et moins de quatre mois pour être jugé et condamné. Depuis le jour de cette agression sexuelle, j'ai véritablement atteint mes limites, décidé de rendre la justice moi-même, je suis parvenu au bout de ce qu'un être humain peut encaisser en termes de torture. Ma mère a tellement argumenté pour que je porte plainte et que je transcende la vengeance en un ultime combat pour ma vie que j'ai fini par le faire, sans m'illusionner outre mesure. Elle m'a dit que, si je ne portais pas plainte, ce serait comme une sorte de consentement mutuel, que les agents bourreaux réitéreraient ce genre de viol collectif, et aussi que si j'en attrapais un ou deux pour leur faire du mal, cela me soulageait sur le coup mais n'empêcherait en rien qu'ils recommencent sur d'autres.

Depuis ce « viol » de mon intimité, je n'ai pu me regarder dans le miroir pendant des mois, et aujourd'hui je suis toujours sous le choc : cauchemars, angoisses, stress dû à l'idée qu'une telle violence physique et morale se reproduise un jour. A l'issue de cette fouille éhontée, j'ai eu le pouce du pied droit cassé et sûrement des côtes fêlées suite à la violence de l'altercation. J'ai alors fait état de ce qui s'était passé au médecin présent, qui a catégoriquement refusé de m'ausculter et de me fournir un certificat médical faisant état des ecchymoses, blessures et possibles séquelles résultant de la fouille musclée subie quelques jours auparavant. Heureusement que la France est le berceau des droits de l'homme, sinon qu'est-ce que cela serait ? Je suis donc repassé au prétoire pour avoir répondu verbalement aux surveillants qui m'ont torturé, et j'ai repris quinze jours de cachot.

Quelque temps après, toujours au QHS de Fleury-Mérogis (D5), suite à d'autres insultes proférées à mes tortionnaires, j'ai de nouveau subi une fouille dégradante à laquelle j'ai refusé une nouvelle fois de me soumettre. Suite à cette altercation avec mes bourreaux de la fouille, le midi même, après avoir ingurgité le « repas », je suis tombé dans un sommeil profond et comateux qui s'est prolongé toute la journée. A mon réveil, j'ai été pris de nausées, de vomissements, de coliques. A l'époque, j'en ai fait part à mon conseil, qui n'a visiblement pas pris mon récit au sérieux. Il était pourtant exclu que j'en fasse part au médecin présent, puisque c'était le même qui m'avait refusé l'auscultation et le certificat médical le mois précédent.

J'avoue que des pensées de suicide se sont de nouveau manifestées, mais, en les analysant, je me suis rendu compte que jamais je n'ai eu envie de mourir, j'avais juste envie de faire cesser cette douleur morale infligée par le rouleau compresseur et vengeur de l'appareil pénitentiaire. C'était cela au des actes sauvages de « légitime violence ». C'est en pensant à ma fille, ainsi qu'à mes proches, que j'ai choisi de continuer à combattre debout, comme je l'ai toujours fait depuis le premier jour de mon incarcération.

A la suite de nombreux incidents, j'ai été transféré à la maison d'arrêt de Liancourt, dans laquelle je suis resté deux mois sans réels problèmes. J'ai ensuite été transféré sur la maison d'arrêt de la Santé à Paris où e ne suis resté que huit jours au prétexte que trop de types de même profil se trouvaient dans cet établissement. J'ai donc été transféré de nouveau à Fleury-mérogis, cette fois-ci au bâtiment D1, en détention dite « normale » puisque mon avocate a eu gain de cause devant le tribunal administratif pour un délai non respecté par l'administration pénitentiaire sur une mesure de placement à l'isolement.

Comme à chaque fois que j'ai eu la possibilité de me trouver en détention classique, aucun problème de comportement n'a été constaté. Par contre, à chaque fois, les problèmes ont recommencé, dès que les huis clos avec les surveillants a ét émis en place. Tout à coup, d'après les dires de mes tortionnaires, je devenais dangereux, démoniaque, incontrôlable, etc.
Après huit mois d'un comportement irréprochable, j'ai été transféré de nouveau à la maison d'arrêt de Rouen, celle-là même d'où je vous écris et où j'avais passé quatre-vingt-quinze jours dans moins de 4 mètres carrés pour obtenir un rapprochement familial. Nous sommes le 15 septembre 2005 et mon procès est prévu pour mai prochain. Cet éloignement, outre le fait d'essayer de faire exploser les liens familiaux, lèse en priorité les libertés fondamentales de la défense, en m'empêchant de préparer sereinement celle-ci.

Faute de moyens financiers, nous ne payons pas notre avocate, qui bénéficie de l'aide juridictionnelle, donc du minimum ; je ne puis lui demander de payer les voyages de sa poche afin de parcourir 130 kilomètres pour venir me voir et m'aider à travailler sur mon dossier.
Je précise que le dossier étant fermé, rien ne justifie le blocage de mon courrier, de celui de ma femme en particulier, alors que cette dernière est inscrite sur la liste des greffes du rein comme je l'explique plus haut, ce qui m'angoisse au plus haut point.

Encore une fois, c'est la famille qui est précise en otage, je rappelle que ma petite s½ur Lyndia est l'enfant la plus âgée à être encore en vie après une contamination mère enfant. Si cela ne s'appelle pas de la torture, comment qualifiez-vous ces exactions, ces actes de barbarie, de vengeance et d'acharnement mortifère ?

Je vous remercie par avance de l'attention que vous voudrez bien porter à ma lettre, et il me semble nécessaire de souligner la notion d'urgence et de détresse dans laquelle ma famille et moi nous nous trouvons. J'insiste sur le fait que ma vie ainsi que celle de ma famille est gravement menacée, ce que les agents de l'administration pénitentiaire, sous le sceau de l'impunité, nous font largement savoir. J'ajoute que, pour épuiser tous les autres recours, il faudrait que mon courrier puisse sortir et arriver, qu'intra-muros ces recours sont un mode illusoire, que ce présent courrier est l'exception qui confirme la règle, et que si personne n'intervient, mille fois ma famille ou moi avons le temps de mourir et de venir grossir les statistiques.

Merci d'ores et déjà pour toute l'aide que vous voudrez m'apporter.
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# Posté le samedi 16 juin 2007 16:05

Modifié le vendredi 15 février 2008 10:41

TEMOIGNAGE DE CATHERINE CHARLES,MERE DE CYRIL ET CHRISTOPHE KHIDER

"Les hommes qui n'ont jamais reçu d'affection ou de témoignage de bienveillance et n'ont eu que de très rares occasions d'exprimer leur amour ou leur bonté réagissent très vivement à ce premier geste réel, spontané, gratuit, d'humanité. Ces sentiments, qui n'ont pas trouvé à s'exprimer au temps du désespoir, se sont accumulés, ont mûri, grandi, et ils repoussent de toutes leurs forces les murs de leur caveau ; là où l'esprit de bonté effleure ces murs, ils s'écroulent. Personne ne réagit autant à la bonté, personne n'y est plus sensible que l'homme désespéré."

George JACKSON
Les Frères de Soledad


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Je suis couchée dans le train de nuit, les yeux grand ouverts, je vais au parloir à la prison de Lannemezan où m'attend mon fils Christophe.
J'entends la respiration régulière de ma voisine de couchette. J'ai froid. Ca fait deux ans que je n'ai pas serré mon fils entre mes bras à cause de cette guillotine d'émotions, grande pourvoyeuse de frustrations, le mesure Hygiaphone.

J'ai tellement mal à la gorge que j'ai l'impression d'avoir avalé du verre pilé mélangé à du papier de verre ; j'aurai préféré rester à la maison à siroter un thé brûlant, les deux mains bien au chaud autour de la tasse, les pieds dans d'épaisses chaussettes à regarder des séries idiotes à la télé sans vraiment les voir, les pensées débordant de mes enfants.

« Dans quelques minutes nous arrivons en gare de Toulouse... Toulouse, cinq minutes d'arrêt ! »
A peine descendue du train, je trouve ce quai lugubre de solitude, il fait encore nuit malgré les T6 heures sonnées, je m'inquiète de l'horaire de ma correspondance pour Lannemezan, plus loin, dans le hall, un grand panneau annonce mon train à 8 heures - merde ! Encore deux heures à attendre.

J'entre chez Paul, ni vue ni connue, j'achète une brioche et un thé, alibis sucrés et réconfortants pour crime parfait. Eh oui, je tue le temps dans une gare où personne ne m'attend...

A 9h30, j'arrive enfin à Lannemezan, je suis transie, limite engourdie. Pour arranger les choses, un crachin pénétrant se met de la partie. Je longe la voie ferrée sur 2 kilomètres environ, ma gorge est brûlante comme le four charbon d'une veille locomotive en pleine action, des frissons glacés vont et viennent à intervalles réguliers le long de ma colonne vertébrale, je suis épuisée. Pour couronner le tout, je claque des dents, j'ai la désagréable impression de m'être transformée en une fontaine d'hiver dont l'eau coulerait à l'intérieur. Je dois à tout prix me ressaisir, Christophe ne doit pas s'inquiéter en me voyant.

Je me saisis d'un tube d'homéopathie, retrouvé au fond de mon sac, dont j'extrais trois granules que je fais rouler sous ma langue.

J'arrive enfin devant la prison après avoir traversé un grand parking. C'est une énorme bâtisse grise comme une perpétuité, un épais mur d'enceinte court autour de ses hanches bétonnées, surmonté en de stratégiques points de miradors qui disputent le vent aux corbeaux.

Merde, j'ai oublié de prendre ma trithérapie ! J'y ai pensé à Toulouse mais il était bien trop tôt, tant pis !

J'entre dans une salle d'attente crasseuse où quelques pauvres jouets sales et cassés jonchent un tapis de sol repoussant sur lequel Mathusalem aurait pu faire ses premiers pas. Je peux apercevoir les toilettes par l'entrebâillement d'une porte à demi ouverte - m'est avis qu'il vaut mieux prendre ses précautions avant de venir au parloir.

Je décide de m'installer confortablement dans mes pensées les plus moelleuses, afin de me calmer. Mon impatience chronique, que j'arrive d'habitude à reléguer sous le masque de tous les jours, en a marre de jouer les seconds couteaux dans ce scénario de l'attente, elle est en train de réclamer le rôle principal. Des tics nerveux agitent mes paupières et la commissure de mes lèvres tressaille sur les tempos des premiers. Je suis au bord de l'implosion quand un surveillant appelle le nom de Christophe.

Après une nouvelle attente qui me paraît interminable, mon garçon arrive enfin au bout de ce couloir
flanqué sur un côté de distributeurs en panne. Pratiquement onze ans de prison, quatre d'isolement total, dont deux de cette terrible et dégradante mesure Hygiaphone, ont durci son regard d'enfant. L'émotion est à couper à la tronçonneuse. Après eux ans sans pouvoir l'embrasser, sans pouvoir le toucher, j'accouche à nouveau de lui.
*
- Allô ? Bonjour monsieur, pouvez vous me dire si le train de 10 heures pour Rouen partira à l'heure car je viens d'entendre aux infos de ce matin qu'il y avait une grève partielle ?

- un train sur deux, madame !

- Oui, j'ai bien compris, mais celui de 10 heures est-il maintenu ? Allô ? Allô ? Bip bip bip.
Eh merde, ce con a raccroché ! J'y vais quand même. Cyril doit m'attendre, il sais que je suis allée voir son frère il y a deux jours, lui qui ne l'a pas vu depuis quatre ans doit mourir d'impatience. Tant pis je prends le risque d'arriver en retard et de me voir refuser l'accès au parloir, il faut que je dépose mes nouvelles pleines de Christophe à ses pieds, il me faut partager ce regain de vie avec lui.

Depuis 8 heures ce matin, je suis dehors, j'enchaîne la vingtaine de stations de métro plus le changement à République afin d'arriver à l'heure à la gare de l'Est d'où doit partir mon train de 10 heures. Le parcours de combattant se perpétue avec ces timings aussi serrés qu'une paire de menottes, aussi inhumains qu'une cellule d'isolement. J'espère arriver dans les temps devant la prison Bonne-Nouvelle à 13 heures pétantes comme me l'a demandé le surveillant au téléphone.

Au bout d'une vingtaine de minutes d'attente dans un train qui ne se décide pas à partir, je finis par en descendre afin de suivre un passager pressé qui semble bien connaître cette partie de la gare. En effet, grâce au miracle de la téléphonie mobile, j'ai pu suivre malgré moi sa conversation téléphonique, ce dernier semble maîtriser le réseau ferroviaire et ses horaires à la perfection - je trottine derrière mon auxiliaire SNCF malgré lui, je grimpe dans un nouveau train qui démarre peu de temps après - ouf ! sauvée ! du moins je l'espère, je ne suis pas encore arrivée.
Merde ! J'ai encore oublié de prendre ma trithérapie ! Bah, ça ne peut être pire que ces infernales montées de stress liées aux parloirs !

Arrivée devant la prison située sur une artère principale, j'ai beau sonner à la porte, personne ne daigne ouvrir ou simplement me renseigner ; je me dispute avec quelques automobilistes que ma présence sur ce grand boulevard intrigue. Je suis hors de moi, des types me prennent pour une prostituée bien que je sois habillée de façon très classique. Je bous, j'enrage, je suis une Cocotte-Minute gavée de vapeur dont la soupape de sécurité reste définitivement coincée !

La porte finit par s'ouvrir sur d'autres familles qui viennent d'arriver. Je pénètre dans une petite salle d'attente exiguë, des bénévoles assurent la distribution de boissons chaudes, alors que, sur les chaises disposées autour de la pièce, des personnes aux épaules voûtées par le malheur, le chagrin et le fatalisme attendent leur tour de parloir - dans un coin de la salle, toujours ce même espace réservé aux enfants, un peu plus propre et vivant cette fois-ci.

Au bout d'une vingtaine de minutes, un surveillant appelle le nom de mon fils et, alors que je me dirige vers la porte d'accès aux parloirs, me demande de troquer mes escarpins contre d'immondes savates posées sur une étagère. A mon avis, celles-ci doivent dater du début du siècle dernier !

Comment peut-on proposer de tels nids à microbes, mycoses et autres verrues plantaires à des familles, dont certains, dont je fais partie, n'ont pas de défenses immunitaires ? Je finis par retrouver au fond de mon sac de voyage une paire de tongs oubliées à mon retour du parloir de l'avant-veille à Strasbourg.

Je m'effondre dans les bras de Cyril qui me couvre de baisers dans le cou tout en me serrant dans ses bras, j'étouffe mes sanglots contre sa poitrine, je suis nerveusement épuisée mais je n'en dirai rien, une fois de plus.
*
Il faisait un temps superbe en ce 27 mai 2001. Je revenais d'une brocante ou plutôt d'un vide-grenier se trouvant de l'autre côté du pont de Charenton.

Arrivée devant chez moi, je cherche mes clefs au fond de mon sac, sous un soleil aveuglant qui me fait cligner des yeux - j'ai le c½ur chantant et mes pensées se baladent d'une légèreté à l'autre en ce jour de fête des Mères - pour une fois, je les laisse musarder hors de la prison.
Lyndia, ma fille, vient de m'appeler pour me souhaiter une bonne fête, Cyril, lui, doit dormir encore la tête pleine de joints C'est une belle journée.

A peine entrée chez moi, je me saisis de la télécommande pour animer l'écran de ma solitude sans mettre le son. Tout en vidant mon caddie de ses bricoles inutiles et colorées qui finiront probablement à la poubelle un jour de grand ménage, je jette de furtifs coups d'½il vers l'écran. Tout à coup, devant mes yeux éberlués, Christophe débarque dans mon salon accompagné d'un surveillant qu'il aide à grimper sur le toit de la prison de Fresnes dans un geste prévenant.

Il porte un gilet pare-balles qui déforme sa silhouette, il a un flingue à la main qui ne braque personne et pendouille au bout de son bras comme une extension naturelle - le paradoxe de la situation me fait douter de mon équilibre mental et mon reflet dans la glace me renvoie mon image décolorée par l'angoisse et la peur, je me rue sur le téléphone.

- Allô Lyndia ? Mets vite la « 2 » et dis-moi qui c'est bien ton frère qui est sur les toits de la prison de Fresnes !

- Quooooii ?!!!

- Dépêche-toi, STP, c'est chaud !

- Oui maman, c'est bien lui, je reconnais son survêtement bleu à bandes blanches et ses baskets
Cougar.

Je loue en mon for intérieur ce sens aigu du descriptif vestimentaire faisant de ces jeunes rompus à la consommation d'exceptionnels témoins oculaires !

- Vite, les flics du RAID sont là !

- C'est quoi le RAID maman ?

-Saute dans un taxi rapplique, je t'explique, j'appelle le commissariat !

Je tombe sur une femme au bout du fil.

- Commissariat de Charenton, j'écoute ?

- Allô... Bonjour madame, je viens de voir mon fils à la télé, il est sur les toits de Fresnes dans le
cadre de la tentative d'évasion qui s'y déroule, les policiers du RAID viennent d'arriver sur place. Je veux entrer en contact avec leur négociateur, je n'ai pas envie qu'on lui tire dessus !

Silence au bout de la ligne.

- Vous êtes sûre que c'est votre fils ?

- Oui, j'en suis sûre !

- Comment s'appelle-t-il ?

- Christophe Khider

- Quelle est sa date de naissance ?

- 28 mai 1971, Paris 13ème.

- Connaissez-vous son poids ?

- Oh, vous savez, ça fait très longtemps que je ne l'ai pas porté dans mes bras !!

- Avez reconnu quelqu'un dans l'hélicoptère ?

- Non, personne !

- Vous êtes sûre ?

- Absolument sûre, mais, pour être tout à fait sincère avec vous, si j'avais reconnu quelqu'un, je ne
vous le dirais pas.

A ce moment, je suis sous le coup d'une pression énorme, qui me propulse au bout de moi et de mes limites, je me retiens pour ne pas hurler sur la fliquette qui n'a sans doute pas conscience de me faire perdre un temps précieux.

En cet instant précis, la peur de perdre mon enfant me submerge, je sais que la vie de Christophe est mise entre parenthèses, je refuse qu'elle devienne une rature, pire... une existence gommée.
*

Cyril court sur le terrain de sport en se dirigeant vers l'hélicoptère, il pense à cette mission humanitaire qu'il s'est fixée, il croit dur comme fer qu'il va sauver son frère de ce sida carcéral dont les dernières défenses humanitaires se sont effondrées - cette transplantation est celle de la dernière chance, il sait, quoi qu'en dise Christophe, qu'il est le seul donneur compatible, ce qui lui permet d'envisager avec optimisme cette greffe de liberté - il sait que son frère sera surpris de le voir participer à ce sauvetage, pour l'heure, il repense à la date de libération de Christophe prévue pour 2038, cette condamnation à mort à peine déguisée lui tord le ventre.

Dans le cockpit, chaque membre de l'équipe d'intervention a enfilé son masque - seule la chirurgienne enrôlée de force n'en porte pas, elle est concentrée à mort sur son objectif de vie, elle opère sa descente chirurgicale au plus près des champs opératoires pour procéder à l'hélitreuillage.

En bas personne. « Les cons, ils ne sont pas là ! » crie dans un bel ensemble l'équipe de Médecins sans barrière à l'arrière de l'appareil.

L'hélico reste un moment en vol stationnaire au dessus des minuscules cours, tandis que, dans le mirador, un jeune maton épaule et tire sur l'appareil qu'il a pris pour cible. De sa fenêtre, un vidéaste amateur filme toute la scène.

« Merde, les cons, ils nous tirent dessus ! » crie une nouvelle fois le ch½ur de Médecins sans ornière.

Cyril, qui avait cru Marylise Lebranchu et les médias quant à l'interdiction de tirer sur un hélicoptère, est choqué... Il ne s'attendait pas à celle-là, pas avec autant de mecs sous l'appareil ! Et pas de cette façon ! Il était persuadé qu'ils ne tiraient que lorsque son frère et Mounir se balanceraient au bout de l'échelle de montagne.

Il troque son fusil démilitarisé contre celui que lui tend un membre de l'équipe, puis il riposte sur le mirador blindé pour envelopper son frère et Mounir dans un écran de poussière qui s'épaissit à chaque nouveau tir dans le béton. La pilote hurle d'arrêter les tirs, elle n'arrive plus à se concentrer alors qu'une dizaine de tirs ont atteint l'hélicoptère. Un tir en particulier à atteint son objectif : il a traversé le réservoir de kérosène pour finir sa cours fatale à quelques centimètres du siège de la pilote. On a frôlé la catastrophe humanitaire, pense Cyril en son for intérieur. En bas, le jeune surveillant du mirador, blessé à la poitrine, s'effondre.

Sous l'appareil, 309 prisonniers ont été sortis malgré l'information reçue par la prison de cette tentative d'évasion. Ils ont été répartis dans les trois minuscules cours de promenade comme autant de petites squames vomies par le cancer carcéral pour une heure de chimiothérapie. Commence alors pour l'équipe de Médecins sans ornière la minutieuse opération.

Cyril, à plat ventre sur le plancher de l'hélico déroule l'échelle de montagne sous les patins de celui-ci, toujours en vol stationnaire au-dessus de la cour de promenade où se trouvent Christophe et Mounir. Dans un effort incroyable, il tente en vain et à plusieurs reprises de mettre entre les mains de son frère ce cordon ombilical qui doit le ramener du côté de la liberté, de l'amour et de la vie.

Malgré les efforts démesurés au milieu des tirs du surveillant, il se rend à l'évidence suivante : trop courte, l'échelle est trop courte ! Ca y est ! se dit-il en cet instant, voilà le triste et célèbre grain de sable venu du désert séculaire qui se met de la partie pour venir gripper l'ONG fraternelle. En effet, des filets anti-évasion interdisent à l'hélicoptère de descendre plus bas sous peine de se casher, empêchant l'échelle d'atteindre son objectif. Malgré les efforts incroyables de la pilote virtuose qui joue sa partition sans la moindre fausse note, au milieu d'un concert de tirs, force est de constater que le greffon n'a pas pris, Christophe et Mounir ne peuvent s'en saisir. Il se balance doucement sous l'hélico comme le flingue au bout du bras de Christophe dans le film du vidéaste amateur. La chirurgienne virtuose a beau faire tout son possible, sa dextérité, son talent et son immense courage ne changent rien à l'affaire.

En bas, les deux candidats à l'évasion commencent à se réveiller de cette soudaine anesthésie. Mounir, l'ami, le frère adopté de Christophe, propose de lui faire la courte échelle mains croisés paumes tournées vers le ciel, afin que celui-ci tente d'atteindre son donneur.

- Vas-y grimpe, attrape la corde et tire-toi, vite !
Christophe n'entend rien avec le bruit que fait l'hélicoptère, mais il a vu les mains croisées et lu sur les lèvres, il a vu le visage grave, plein d'amour, ainsi que l'honorable abnégation de sont frère d'adoption, il refuse.

- Hors de question, on part à deux ou rien. Je ne pars pas sans toi !
A ce moment, le destin les scelle à jamais dans une fraternité de larmes et de sang. Avec la pilote, ils sont les héros du jour, deux poilus perdus dans la mauvaise tranchée d'une guérilla urbaine. Pour l'heure, ils ne sont rien d'autre que deux hommes à abattre, deux évadés politiques, deux libérés de la peste carcérale.

A bord de l'hélicoptère, Cyril blessé à la jambe, saigne de son c½ur, il est abasourdi par ce gâchis, par les tirs des surveillants et, plus que tout, par le rejet sans appel de cette greffe de liberté, ultime espoir de revoir son frère vivant.

« Jette le sac, vite, jette le sac ! » crie un de ses comparses qui, joignant le geste à la parole, colle entre les mains de Cyril abasourdi le lourd sac d'armes que ce dernier, dans un état second, avec des gestes mécaniques, jette hors de l'hélicoptère aux pieds de Christophe et Mounir, qui embarquent deux surveillants dans ce drame humain.

S'ensuivent alors dix-sept longues heures de négociations avec le psychologue du RAID. Lorsque l'escorte me ramène pour la seconde fois à la prison, je rencontre celui qui est le négociateur. Il porte le même prénom que mon garçon. Assis en face de lui, le procureur de la République.
- Bonjour madame, je m'appelle Christophe. Je suis le psychologue qui mène les négociations avec votre fils. Madame, votre fils est-il capable de tuer les otages ?

Je suis excédée par cette question dont la réponse m'apparaît comme une évidence.

- Cela ne m'a même pas traversé l'esprit, monsieur, Christophe est incapable de faire du mal à des personnes sans arme et surtout sans défense.

Il semble soulagé par ma réponse, comme si elle était une confirmation venant corroborer ses propres observations.

Le psychoflic n'insiste pas, il a eu le temps de se faire son propre jugement, après avoir parlé avec mon fils plusieurs heures durant.

- Bonjour madame, je suis le procureur de la République, si vous arrivez à raisonner votre fils, vous avez ma parole qu'il ira dans une prison de sont choix et que je n'oublierai pas qu'il ne s'est pas servi de l'émeute pour arriver à ses fins.

- Ne le tuez pas, s'il vous plait, c'est un gentil garçon !

A ce moment, mon c½ur de maman est sur le point d'exploser alors que mon image extérieure s'est pétrifiée dans un simulacre de sang-froid.

- Je vais faire tout mon possible pour éviter cette issue, je vais vous le passer au téléphone en attendant.

- Allô... Christophe ?

- Bonne fête maman !

- Bon anniversaire, Christophe !

Tout cela me semble irréaliste.

- Ecoute mon garçon, il est encore temps de se rendre, ils préféreront sacrifier les deux surveillants
plutôt que te laisser sortir avec ton copain, je te sais assez intelligent pour embrasser toute la situation, tu n'as fait aucun mal à ces deux surveillants, tu es gentil chronique, il faut que tu l'assumes, que tu les relâches et que tu te rendes.

- Maman, tu te rends pas compte de ce que sont ces trente-huit ans de réclusion, dépossédés de tout espoir, pour la mort d'un homme que je n'ai pas voulue. Quant à ma gentillesse chronique, elle m'a toujours desservi !

- Non, c'est elle qui a toujours fait la différence ! En plus, lui il est mort et toi, tu es vivant... Les gens ne retiendront que cela.

- Non ! Je suis mort aussi, et ça n'enlève rien à la douleur de sa famille, je ne peux accepter et me résoudre à mener jusqu'au bout cette peine d'élimination, comprends-moi maman.

- Ecoute Christophe, je te comprends... En plus, je veux que tu saches que, quel que soit ton choix, je t'aime plus que tout et te soutiens jusqu'au bout car je connais ta souffrance. Je t'embrasse de toutes mes forces, je t'aime, je te passe ta petite s½ur.

Je m'entends dire toutes ces paroles comme si j'étais détachée de mon enveloppe corporelle, comme si je planais au-dessus de moi pour regarder ma peine et mon chagrin portés par un incroyable sang-froid emmitouflé dans l'amour de Christophe et la compréhension de son choix.

- Allô Christophe ? C'est pas juste, tout ça.

- Je sais, Lyndia, je sais, mais je n'ai pas d'autre solution, je n'arrive pas à encaisser ces trente-huit ans de prison, c'est trop dur !

- Je comprends Christophe. OK, t'as pris trente-huit ans de prison mais moi avec le VIH, j'ai pris perpétuité et je continue à vivre malgré tout, sans toi je n'y arriverai pas. Je t'aime.

Dix-sept heures durant, le psychoflic enfermera les maux de mon fils dans la prison de ses mots, le conduisant d'une voix compassionnelle mais ferme d'une cellule psychologique à une cellule tout court, lui conseillant d'essayer de survivre sur la pointe des pieds, sur la pointe du c½ur au milieu des barbelés, des cris et des pleurs.
*
- Allô, madame, je suis le policier du RAID... Nous nous sommes vus ce matin. Votre fils va bien. Il s'est rendu. Il est à la prison de Bois-d'Arcy. Vous pouvez aller le visiter.

- Oh merci, merci de ne l'avoir pas tué, dis-je dans un réflexe commun à toutes les mamans du monde. Mais je ne peux pas aller le voir, car une personne qui tente de s'évader va directement au mitard sans passer par la case visite... Un parloir à l'issue d'une reddition, ça ne s'est jamais vu dans les annales pénitentiaires !

- Allez à la prison et dites-leur que c'est moi qui vous ai dit d'aller le voir.

- Attendez, monsieur, dans ma vie à moi, ça ne se passe pas du tout comme cela... Si je me pointe à la porte de la prison en disant que c'est mon copain du RAID qui m'envoie, ça va les faire moyennement rire... Non seulement je ne rentrerais pas, mais, en plus, ils vont me prendre pour une folle !

- OK ! Je vous rappelle dans cinq minutes !

Mon cerveau carbure à 1.000 à l'heure. Que va-t-il se passer maintenant ? Tout cela me semble irréel, j'avance dans un cauchemar qui malmène mon capital nerveux, ma résistance physique faisant exploser hors de l'étau qui enserre ma poitrine la charge émotionnelle accumulée ces dernières heures, en une multitude de larmes impossible à endiguer.

Christophe est vivant... Christophe est vivant, je me le répète à l'envie !

- Allô ! Madame Charles, Catherine ? C'est encore le policier du RAID, vous pouvez aller visiter votre fils, vous êtes attendue à la prison. Votre fils est vraiment quelqu'un de bien, je voudrais témoigner à son procès.

Il est sur le cul, comme toutes les personnes qui ont croisé la route de Christophe, quoi qu'en dise la justice, qui estime que le syndrome de Stockholm est bien plus contagieux que la grippe aviaire et apparemment beaucoup plus dangereux pour les poulets que pour les personnes ! Il faut que ce type qui me rappellera au lendemain de la reddition pour me demander si l'entrevue avec mon fils s'est bien déroulée lors de ce parloir plus qu'exceptionnel, vienne parler de la psychologie de

Christophe, en tant qu'expert, lors du jugement de celui-ci. Lui qui a parlé dix-sept heures durant avec lui. Il ne faut pas que ce travail soit confié à des experts, type Outreau, inféodés au système, qui affirmeront dans un jargon ampoulé que mon garçon est un sociopathe irrécupérable à l'issue d'une entrevue de moins d'une heure, alors qu'il lutte pour sa vie. Quant à moi, j'estime que cette tentative d'évasion est un véritable acte politique, qui dénonce la longueur infinie des peines et les couloirs de la mort qui leur sont dévolus.

Je refuse de voir le dossier de mes fils, instruit complètement à charge, avec une extrême partialité par deux juges « Burgaud » consécutifs qui ont refusé d'auditionner des témoins demandés par les avocats, refusé les confrontations nécessaires à l'éclosion de la vérité, se faisant complices bienveillants du sabotage audiovisuel d'informations capitales, excluant de façon définitive le moindre espoir de voir cette affaire traitée avec honnêteté.

Celle-ci ira alimenter le développement durable de la prison issu du commerce équitable de la justice, qui fertilise les peines sans arroser, ni nourrir le terreau social - faisant que tous ces petits OGM de vie (organismes généralement malmenés) iront fleurir de leur sang les couloirs de la mort pour servir à moindre coût d'engrais à une implacable logique sécuritaire, dont la seule perspective est la rentabilisation.

Comment faire accepter à mon fils cette peine d'élimination qui n'a d'autre issue que sa mort programmée pour laquelle il doit se préparer dans un simulacre de vie et obéissance ? Comment lui faire admettre que nombre de dictateurs, responsables des pires crimes contre l'humanité, de génocides et autres tortures sont condamnés à des peines n'excédant pas vingt ans tous pays confondus ?

Comment lui faire accepter que certains de nos ministres mis en examen construisent des prisons
hautement sécuritaires en se gargarisant dans les médias du pouvoir de destruction psychologique de ces dernières ?

Comment lui expliquer cela, ainsi qu'à tous ces prisonniers et prisonnières qui se voient condamnés à des peines de trente ans et plus, avec comme seul horizon la télévision, l'oubli, les
extractions, la folie et la mort ?

Ma fille, mes petites-filles, mes belles-filles et moi, ainsi que beaucoup d'autres familles, refusons catégoriquement d'être les dommages collatéraux non consentant de ce terrorisme sécuritaire.
TEMOIGNAGE DE CATHERINE CHARLES,MERE DE CYRIL ET CHRISTOPHE KHIDER

# Posté le samedi 16 juin 2007 15:57

Modifié le vendredi 15 février 2008 10:42